LE CHAMP DE FOIRE DE SAILLENARD

 

            Si le champ de foire a perdu sa fonction première, celle de recevoir l'une des foires les plus réputées dans sa spécialité, les petits cochons, il subsiste toutefois une place très agréable avec ses arbres plusieurs fois centenaires qui sauraient bien mieux que moi, si la possibilité leur en était donnée, nous conter son histoire.

            La place du champ de foire est le résultat du défrichement d'une partie de la forêt communale du « Bois Devant » qui devait occuper en partie, voir intégralement, notre bourg à ses origines. Certains arbres de cette forêt primitive furent épargnés afin d'ombrager ce lieu qui deviendrait, par la volonté et le besoin de nos ancêtres, l'endroit ou se dérouleraient les foires de notre village. Le champ de foire s'étendait vraisemblablement de l'autre côté de la route, sur l'emplacement de l'ancienne scierie.

            Aucune trace écrite ne nous laisse affirmer l'existence de foires à Saillenard durant le 17ème siècle, d'ailleurs le nombre de nos communes de Bresse qui en organisaient à cette époque était assez limité. C'est au cours du siècle suivant qu'elles apparurent et de 3 foires annuelles, elles passeraient à 5 « aux citoyens administrateurs du département de Saône et Loire, extrait du registre des délibérations de la municipalité de Saillenard. Cejourd'hui neuf mai 1793, l'an second de la République, le Conseil Général de la commune de Saillenard, vu leur délibération et pétition du 31 mars dernier, sur l'établissement de 3 foires dans ladite commune et ayant reconnu quelle sont trop éloignées les unes des autres, attendu l'éloignement qu’elles ont tant des villes que des autres foires, à délibéré qu'il serait encore établi deux en outre des trois autres, et aussi à jour fixe excepté quand elles tomberont les dimanches ou fêtes chaumées, elles seront renvoyées au lendemain ... ».

Un autre document conservé en mairie « liste des cochons qui existent dans la commune de Saillenard le 14 thermidor l'an 2 de la République 1793 », qui recense toutes les mères au nombre de 37, bons nourrains (cochons âgés de 4 à 5 mois) soit19 ainsi que les demis et petits 140 au total, prouve s'il était besoin toute l'importance de cet animal à l'histoire de notre foire et bien sûr à l'histoire en général de nos campagnes.

            Au cours du 18ème siècle, de nombreuses communes augmentèrent leur nombre de foires annuelles, d'autres qui n'en avaient pas s'en pourvurent, ce qui eu pour conséquence la mauvaise fréquentation de certaines. Les marchands et autres commerçants avec leurs bestiaux semblaient être restés assez fidèles aux foires de Saillenard parfois même enviées comme l'écrit le journal l'Indépendant en janvier 1885 « La quantité de bétail rassemblé sur le champ de foire de Saillenard, le 25 janvier 1885, nous laisse rêveur : 300 bœufs, 400 vaches, 150 taureaux, 80 veaux, 700 porcelets, 150 porcs gras, 80 truies, 250 moutons.

             Saillenard faisait plutôt figure de bon élève, ou plutôt de bon éleveur à en croire l'Annuaire de Saône et Loire de 1837 « chaque propriétaire de cette commune a, dans ses écuries de 6 à 12 bœufs gras, fournissant une grande quantité d'engrais et faisant la richesse du pays ». Le « tas de fumier » dans une ferme, ne servait pas uniquement d'engrais ou de juchoir aux coqs de nos basses-cours, il servait également d'indicateur précieux sur l'importance de son cheptel et aussi de leurs propriétaires qui deviendraient ou non de bons partis.

            Les dernières foires aux petits cochons (porcelets) à Saillenard, qui avaient lieu le dernier vendredi du mois prirent fin dans les années 1970.

             La municipalité demanda, en 1804, que soient construites des halles sur le champ de foire de Saillenard afin d'y abriter les nombreux commerçants qui venaient régulièrement vendre leurs marchandises de toutes sortes. C'est François Petitjean, entrepreneur à Flacey qui fût chargé de cette construction pour la somme de 1150 francs. Les matériaux employés provenaient de la démolition d'un bâtiment servant autrefois d'écurie au presbytère (l'ancienne poste) et celui des gluis (chaume, grosse paille de seigle dont on couvrait les granges et les maisons) que devaient fournir les habitants de la commune après souscription dans un registre ouvert par le maire Claude Allarme. Le bâtiment avait une longueur de 16 mètres sur 6 mètres de largeur, en pans de bois, avec deux portes l'une au Sud et l'autre à l'Est. Il abritait des tables en plateaux ainsi que des échelles pour y déposer des marchandises. Il semblerait qu’elles furent construites vers la bascule, que l'ont peut encore admirer avec sa maisonnette qui elle, fût bâtie vers la fin du 19ème siècle car  l'acquisition de celle ci en 1856 voulu quelle soit placée « à la halle sur le champ de foire ».

             Le prix de location d'une place sous la halle était décidé par le conseil municipal, en 1812 l'une d'entre elle fût louée 100 francs par année pour une durée de 6 ans à Vivant Bretin, ancien officier public et cabaretier (certainement sur le champ de foire). Ce dernier éleva une contestation et demanda un dégrèvement « pour les raisons que durant les années 1814 et 1815 les troupes alliées ont occupé cette commune pendant une grande partie de ce temps et que les maladies épisodiques qui ont désolé le pays pendant le même temps, ont rendu les foires de cette commune absolument nulles pendant ces deux dernières années ». Pendant la Restauration, à partir de 1814, l'arrondissement de Louhans fût occupé par les Autrichiens et eu à subir de fortes contributions de guerre, des réquisitions de bœufs, de porcs, de fourrage. Les troupes étaient logées chez les habitants et le pays, à bout de ressources était épuisé (Histoire de Bresse Louhannaise L. Guillemaut).

            Le premier décembre 1823, deux cloches destinées au clocher de l'église furent fondues sous les halles, l'une pesait 1760 livres et l'autre 1410.     

            Le 10 février 1872, la décision de démolir le bâtiment des Halles qui tombait en dégradation fût prise par le conseil municipal. Cette décision ne fit pas l'unanimité dans le village car le 28 avril de cette même année, une requête contre la vente des halles parvint sur le bureau du maire, requête qui ne fût pas retenue « considérant que ces personnes contre sont toutes très éloignées dudit bâtiment et ce n'est que par opposition au conseil municipal qu'ils ont signé contre, vu que tous les habitants les plus proches demandent la démolition de ce bâtiment qui ne sert qu'a retirer les voyageurs ambulants, c'est à dire camp-volants, qui ne payent jamais aucune rétribution à la commune parce qu'ils n'y sont jamais ». Victor Passot devint, le 3 novembre 1872  acquéreur des halles pour la somme de 480 francs.

             Un peu plus bas que la maisonnette de la bascule, sur le parking de l'actuelle Agence Postale Communale se trouvait l'ancien local pompier, bâtiment tout en briques, construit en 1896 afin d'abriter la première pompe à incendie de la compagnie de sapeurs pompiers formée en 1888. A son origine une partie de cette construction (2 mètres sur 2) servait à accueillir les mendiants durant la nuit. Un peu plus bas était une fromagerie...

             Notre village à bien changé au fil de son existence, il change et changera encore, la place de notre champ de foire n'échappe à cette règle, les vieux arbres laisseront un jour la place à d'autres, loi de la nature oblige et aujourd'hui les jours de fêtes ont remplacé les jours de foires. Ainsi va la vie.

           

Emmanuel BRAILLON